La genèse de Daaray Sembène.

Pendant qu’elle était encore doctorante, Hadja Maimouna Niang s’était rendu compte que les jeunes étaient de plus en plus réfractaires à la lecture. Elle se demandait comment attirer la jeunesse vers la lecture, comment concilier les gouts de la jeunesse avec les avantages d’offre la lecture, et s’est rappelé ce passage dans « Alice au pays des merveilles » où cette dernière se demandait « à quoi sert un livre sans image ? ».

Sembène Ousmane dans La Noire de … (1966)

De questionnements en questionnements, elle vint à se demander comment faire pour apprendre la lecture à des illettrés ? Une image lui vint alors à l’esprit, celle de Sembène, jouant dans son propre film, « La Noire de… » (tourné en 1962) le rôle d’un enseignant, dans un espace décrit (par une pancarte) comme une « école populaire », et qui en fait, était un local très modeste, une sorte de boutique ou de magasin. Dans la scène ci-dessus décrite, on voit des adultes qui sont autour de « l’école » et qui lisent avec beaucoup de sérieux. Cette image lui a permis de faire la jonction entre l’école populaire et le cinéma. Elle demanda alors à ses étudiants de mener une enquête sur le taux d’illettrisme à Saint Louis plus

précisément dans les quartiers Tableau, Walo, Pikine, qui sont des quartiers populaires. Les résultats furent surprenants : il y avait des élèves, qui avaient entre 10 ans 13 ans, qui étaient à l’école primaire, et qui ne savaient pas lire. Il y en avait un grand nombre aussi, des plus âgés, qui ne savaient pas lire non plus, et qui affirmaient qu’ils n’hésiteraient pas à retourner à l’école, si l’occasion d’apprendre se présentaient à nouveau à eux. Ils le feraient parce qu’ils étaient bloqués dans la vie, faute de pouvoir notamment lire et écrire.

C’est ainsi que Hadja Maimouna Niang se rendit compte que des choses qu’elle et tous ceux qui ont une scolarité normale considéraient comme anodines, constituaient une source de blocages pour un grand nombre de personnes, notamment ceux qui n’ont pas fréquenté l’école ou qui n’y sont pas restés longtemps. C’est ainsi que progressivement, lui vint l’idée de Daaray Sembène, et plus particulièrement d’expérimenter la pédagogie de l’image pour apprendre à des illettrés à lire.

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